Corpus. Travail sur le corps,l'empreinte du temps, de la maladie sur ce corps. Comment un corps se transforme, supporte et porte en lui la résilience de ses blessures.

Fusain et gaze chirurgicale sur carton, entailles cutter

60/80 cm

Série de 7 réalisée sur 7 à 8 mois

Cette œuvre raconte l'histoire de mon père, alors atteint d'une longue maladie. Mais au-delà de cela, elle raconte l'histoire de tous face à la maladie et comment chaque personne, homme, femme, enfant agit et réagit face à la situation, la souffrance et l'absence.

 

C'est aussi l'histoire des liens familiaux que l'on garde en soi, même au-delà de la mort. Les Corpus sont la mémoire, les souvenirs des êtres disparus, d'où le choix du trait noir qui se substitue à la forme. C'est un trait déconstruit et qui manque de substance, comme un corps qui s'en va, mais c’est aussi un trait tragiquement imprégné dans le papier comme le souvenir douloureux et les traces laissées dans nos mémoires de vivants.

Les Corpus c'est une ambivalence. C'est parler du vivant par le prisme d’un corps qui meurt. C’est raconter l’histoire de ceux qui restent.

Ce qui caractérise mon travail c’est de pouvoir créer une émotion et que les gens puissent identifier un lien avec leur intime. Travailler sur l’universalité, c’est confronter son regard à celui des autres sur des notions que tout un chacun peut expérimenter. C’est créer des liens aussi, c’est faire revivre.

Au-delà de mon expérience personnelle, j’ai voulu sublimer le corps et ses souffrances, j’ai voulu mettre en lumière l’idée de mourir dans la dignité et toutes les questions que cela met en avant, à savoir, la légalisation de l’euthanasie. La confrontation avec ma propre expérience personnelle m’a poussé à appréhender un thème qui divise aujourd’hui de moins en moins les esprits et qui ouvre la question de pouvoir choisir sa fin de vie dignement et les possibilités mis en œuvre pour y parvenir.

En France, en 2021, la question d’une fin de vie digne est abordé par une réponse encore insatisfaisante et dont la réponse est une « aide médicalisée active à mourir » pour les personnes gravement malades et en fin de vie. Qu’en est –il de l’aide apportée aux familles en souffrance psychologique et émotionnelle?

 

C’est une question sociétale. C’est une question universelle. C’est plus que jamais une question actuelle.

 

Aujourd’hui, avec la crise sanitaire, et le dénuement face aux souffrances endurées, la notion du « care » est portée en avant. Il est essentiel de poser des mots et des images sur ce qui est encore aujourd’hui un sujet tabou. La mort et la possibilité de mourir en dignité  et sans souffrance est une constante de l’existence humaine. La mort et la possibilité de mourir en dignité doit être considérée et démystifiée. C’est un droit humain qui peut nous permettre de nous émanciper de nos peurs face à la souffrance.

La mort doit être différenciée de la peur de mourir en ce sens que dans le premier qui est un état de fait, il n’y a pas de notion de souffrance. Par contre la notion de souffrance est inscrite dans les mots et les images liés à la peur de mourir. C’est une souffrance physique mais aussi psychologique pour certain par la peur de ne plus être.

 

Par mon expérience de changement de statut, je devenais soignante du souffrant, je prenais la place de celle qui porte et  qui protège face au père diminué, par l’inversion des rôles et face à mon dénuement psychologique face au vide qui advenait, ma réponse graphique a été de créer ces corps pour amener l'esprit à  l’acceptation d’une réalité inconcevable.

L’idée de croire en la vie, c’est aussi l’idée de croire en une mort digne et humaine.

Atelier artiste peintre contemporain Delphine Alliens sur Blagnac Occitanie expressionnisme